Le couple au risque de ses fragilités

Chaque couple a sa propre histoire. Mais tous éprouvent à un moment ou à un autre des difficultés qui remettent en cause la promesse de vieillir ensemble.

La fragilité du couple est la résultante de facteurs très divers dont la conjugaison amène souvent à un conflit. Ce conflit mal négocié peut aboutir à une rupture.

L’éducation

L’éducation d’un enfant, d’un adolescent revêt une importance particulière pour son équilibre affectif. Un manque de marque d’affection parce que le parent est trop réservé, trop pudique ou trop sévère peut avoir des conséquences désastreuses sur une vie affective et relationnelle à l’âge adulte et rendre difficile une vie à deux à vivre dans la fidélité.

Lorsqu’un couple se forme, pudeur et intimité sont en jeu. C’est même l’accord plus ou moins tacite de se donner avec pudeur, cette part secrète de soi-même qui fait exister le couple en tant que tel.
Un parfait accord de cette intimité n’est pas donné d’emblée. Il se construit petit à petit. L’ignorance de cet apprentissage empêche le couple de se projeter dans l’avenir parce qu’il compte trop sur le seul sentiment amoureux.

On ne peut tout donner de soi si l’on veut continuer d’exister dans la liberté. L’histoire d’un couple se déroule entre le don total de son moi intime qui étouffe l’autre et le refus d’en dévoiler la partie dont cet autre a besoin. C’est bien souvent la rupture de l’équilibre entre ce trop et ce pas assez qui fragilise le couple dès le départ.

La sexualité

Ce qui se passe aujourd’hui du côté de l’intimité des jeunes est inquiétant pour leur avenir en couple. La sexualité, lieu d’intimité par excellence que l’on présente aux jeunes comme une panacée, sans aucune créativité, n’est ainsi plus dans l’ordre. Elle pousse le jeune vers des pratiques qu’il n’est pas en mesure d’assimiler.

L’ambiance permissive dans laquelle il évolue le pousse « à faire » s’il veut être de son temps et cela est tout aussi néfaste qu’un trop d’interdictions. L’apprentissage du respect mutuel de l’intimité que l’on se doit dans l’amour, n’existe pas pour lui. C’est une très mauvaise préparation à sa vie de couple plus tard.

Tout ne se joue pas sur la sexualité, mais ce point est considéré par un jeune comme primordial au début de sa relation.

La communication

Le couple a besoin d’un échange de paroles. Quand il y a des enfants, leur éducation donne lieu habituellement à des points de vue à confronter : travail à l’école, projets de vacances, fréquentations… Tous les sujets qui stimulent le désir de connaître, d’augmenter le savoir doivent faire l’objet d’un échange.

On ne peut tout donner de soi,
si l’on veut continuer d’exister dans la liberté

Partager son intérêt dans des domaines les plus divers, c’est dévoiler à l’autre conjoint ses goûts, sa culture, ses désirs.

Qu’en est-il aujourd’hui de la communication dans les couples ? L’utilisation à tout va du téléphone portable, ceci n’est qu’un exemple, donne l’impression d’échanges fréquents, ces conversations à distance souvent pour des motifs futiles ne sont-ils pas seulement du bavardage sans intérêt ? Seules des échanges en profondeur qui tiennent compte de l’attente de l’autre entretiennent l’entente et la tendresse.

L’écoute

Il faut passer du temps ensemble, savoir sacrifier certaines sorties pour rester en couple et vivre à deux dans le quotidien. Les exigences de la vie professionnelle éloignent parfois l’un des époux de nombreuses journées et même des semaines entières. Il ne reste plus que le weekend end pour se mettre en accord, bâtir des relations suivies. C’est invivable !

La tendresse

Après une période faste, l’attirance que les époux ressentent l’un pour l’autre est beaucoup moins vive. L’enchantement des premières découvertes laisse la place à une routine ennuyeuse, l’autre ne requiert plus autant d’attentions et chacun « vit sa vie ».
Peu d’échanges, plus de baisers, plus de gestes affectueux, plus de « bonjour ma chérie » quand on rentre du travail. On embrasse les enfants, on caresse le chien… l’autre passe après quand il n’est pas oublié ! Pauvre couple où chacun reste enfermé dans ses propres limites ne trouvant rien à donner à son partenaire.

La vie spirituelle

L’amour de Dieu et l’amour de l’autre ne font qu’un. Le but ultime du mariage est la sanctification mutuelle des époux.
« Vous ne serez plus deux, mais une seule chair. »
Cette union se joue dans la réalité concrète de ce que le couple construit ici-bas.

"Demander au Christ de nous faire avancer dans l’amour"
(Icône d’Egypte - Ve siècle )

Il faut demander à Dieu, Lui l’essence même de l’amour, de nous faire avancer dans l’amour réciproque. C’est Lui qui en donne les moyens. Il ne s’agit pas de durer pour durer, sans amour, de faire du volontarisme. Il s’agit de suivre ce chemin pascal de mort et de résurrection pour vivre un amour de plus en plus profond, goûter une joie qui surpasse infiniment la ferveur amoureuse du départ.

Cette vie spirituelle conduit jusqu’au pardon. La réconciliation est un sacrement directement lié à la fidélité. Rien ne peut arrêter Dieu dans sa miséricorde. C’est la même fidélité que les époux se promettent le jour du mariage.

Savoir pardonner pour repartir avec l’aide de Dieu, c’est le propre du couple qui s’est bâti sur le roc. Qu’en est-il dans les couples aujourd’hui ? De plus en plus d’unions libres laissent penser que le désir d’une vie spirituelle pour découvrir le Dieu de Jésus Christ est absent dans le projet du couple. Il se trouve alors bien seul pour comprendre la crise qui tôt ou tard viendra.

En conclusion

Chaque couple a sa propre histoire. Mais tous éprouvent à un moment ou à un autre des difficultés qui remettent en cause plus ou moins intimement la promesse de vieillir ensemble. Il est clair que tout au long de son existence le couple doit « nourrir » les sentiments qui ont poussé un homme et une femme à s’aimer. À chacun d’inventer son chemin ; Jacques Salomé ne disait-il pas : « Un amour entretenu, ne s’use jamais. »

Gérard CROUZET,
diacre chargé du sevice d’accueil
des divorcés dans le diocèse de St-Etienne

(Publié dans « Présence Mariste » n°252, juillet 2007)