Témoin pour notre temps : Henri Vergès, un vrai pauvre

Robert Masson a voulu faire connaître à l’Église et au monde la trajectoire spirituelle de Frère Henri Vergès (Présence Mariste, n°242, janvier 2005)

« Que dire de plus que ne sachent tous les amis d’Henri Vergés ? Et d’abord ses frères qui l’étaient dans l’ordre le plus essentiel, celui de Dieu qui fut en réalité le seul répondant de sa vie. Frère Christian de Tibhirine disait de lui qu’il était « inimitable ». Il l’était à bien des égards, aux dires de tous ceux qui l’ont connu.

Livre sur fr Vergès

Il fut un vrai pauvre, pour commencer. Son existence est comme un parcours de renoncement. Il dut attendre dix ans pour obtenir un départ en mission. C’est alors qu’il ne s’y attendait plus qu’une réponse est faite à sa demande. Ce sera l’Algérie, à laquelle il n’avait pas pensé. Quand il aborde ses rives, Henri Vergés sait qu’il ne vient pas là en passant. De fait, c’est pour un contrat qui ne durera pas moins de 25 ans. À quelques jours près, il aurait pu célébrer ses noces d’argent avec ce pays, dont il fut un bon et fidèle serviteur.

Sans souci de titre, ni d’honneur. À l’école de l’Évangile et de Champagnat, Henri Vergés avait appris les vertus du dépouillement. Cela lui sera de quelque utilité sur les hauts de Sour-El-Ghozlane où il se retrouve petit professeur, esseulé sur ces hauteurs, et cela cinq années durant. Il est en quelque sorte dans la condition des travailleurs immigrés qui doivent tous les ans solliciter le renouvellement des autorisations de séjour. La douzième année, il lui est refusé.

Il se retrouve à Alger, dans la Casbah, ce quartier symbolique de l’âme algérienne. C’est là que s’accomplira de manière dramatique son destin et celui de Paul-Hélène, petite sœur de l’Assomption, comme Henri était petit frère de Marie. Sa relation avec l’Islam, qui rejoint tellement celle des moines de l’Atlas, dit assez de ce qu’il en était de l’âme de ce petit frère qui ne doutait pas d’un dessein divin sur ce peuple de croyants auquel il avait été envoyé. Il n’ignorait pas les périls, mais se tenait là où Dieu l’avait appelé. « Ce sera, disait-il, pour quand Dieu voudra ». La mort, en somme, est à l’image de sa vie. Elle n’a pas fini de nous signifier ce que croire veut dire. »

Robert Masson


Robert Masson, journaliste, ancien directeur de « France Catholique » et de « Panorama aujourd’hui », est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment :

  • « Tibhirine, Les veilleurs de l’Atlas »,
    un best-seller de l’édition religieuse (Prix des écrivains croyants en 1997).
    En 1999, année de la canonisation du Fondateur des Frères Maristes, il publie :
  • « Marcellin Champagnat, Les improbables de Dieu ».
    En 1998, il avait écrit :
  • « Église d’Algérie, jusqu’au bout de la nuit »
    à la mémoire des dix-neuf martyrs de cette Église, depuis le Frère Henri Vergés jusqu’à Pierre Claverie, évêque à Oran.

Découvrant la personnalité humaine et religieuse de notre Frère Henri, Robert Masson a voulu faire connaître à l’Église et au monde la trajectoire spirituelle de ce Frère qu’il considère comme un pauvre selon l’Évangile. Son témoignage, au-delà des chrétiens, peut parler à tout homme ou femme de bonne volonté, spécialement à ceux qui souhaitent voir s’engager un dialogue entre chrétiens et musulmans. C’est pourquoi il a tenu à publier une biographie d’Henri qui vient de paraître aux éditions « Parole et Silence ».

(Publié dans « Présence Mariste » n°242, janvier 2005)