Chine : des Frères Maristes massacrés

Histoire des Frères Maristes en Chine : les victimes des révoltes populaires. ( Publié dans « Présence Mariste » n°229, octobre 2001)

Au siège de Pékin en 1900

Sous l’instigation de la reine elle-même qui voulait nettoyer le pays de toute influence étrangère, les « Boxeurs » dont le nom chinois se traduit par : "Le poing de la concorde et de la justice", alliés à l’armée, avaient pour tâche de supprimer tous les étrangers, et tous ceux qui pratiquaient une religion venue d’Occident.

En juin 1900 ils ont assailli la capitale. Les personnes menacées se sont regroupées et enfermées dans les quartiers sous la protection soit des légations, soit de l’église catholique qui furent aussitôt assiégés. Dès le début, le collège des Frères, le Nantang, fut saccagé et brûlé. Frère Joseph-Marie-Adon (né Joseph FAN, né le 24.05.1872 à Pékin) avec quelques enfants qui s’y trouvaient, alla se réfugier à notre orphelinat de Chala, proche de Pékin, rejoignant d’autres orphelins sous la protection du postulant Paul Jens.

Le lendemain, 15 juin, le Frère a fait parvenir une note à Frère Jules-André ( né Marie-Auguste BRUN, né le 17.07.1863 à Saint-Vincent-de-Reins, Rhône) , Visiteur, lui demandant du secours. La situation rendait toute communication impossible. On apprendra plus tard, en retrouvant leurs corps entassés dans un puits que Frères et enfants ont été massacrés.

Etant tous Chinois, il ne fait pas de doute que c’est pour garder leur foi chrétienne qu’ils ont préféré sacrifier leur vie. Il n’a pas été possible, par la suite, d’identifier les corps de Paul Jens et de Frère Adon, ni de savoir ce qui s’était passé.

Pendant ce temps, les autres Frères avec 3.420 personnes sont enfermées dans le quartier du Pétang. Sans cesse assaillis par des troupes armées, elles allaient subir un siège de 64 jours. Le 35e jour, 18 juillet 1900, Frère Joseph-Félicité,( né Joseph PLANCHE, né le 04.02.1872 à Etable, Savoie) avec un groupe d’ouvriers, cherche à neutraliser une mine posée par les assaillants. A 5 heures du soir, les travaux sont près d’aboutir lorsque la mine explose faisant 25 morts et 28 blessés.

Le corps de Frère Joseph-Félicité ne sera retrouvé qu’un quart d’heure plus tard, à 20 mètres, au milieu des ruines. Le 60e jour du siège, le 12 août 1900, dès l’aube, une explosion fait trembler le sol. On se précipite au secours à d’éventuelles victimes. Une femme gémit sous les décombres. Frère Jules-André, bravant le danger, s’avance vers elle. Il ne l’atteindra pas. Une balle lui traversa la poitrine. Il mourut quelques secondes après.

Le massacre de Nantchang en 1906

Depuis trois ans, cinq Frères Maristes tenaient à Nantchang une école déjà prospère. Pourtant, deux années plus tôt, en 1904, des chrétiens avaient été tués dans la région. Le mandarin de la ville n’ayant rien fait pour rechercher les coupables, l’affaire fut portée devant le représentant de la France et jusqu’à la légation de Pékin.

Le sous-préfet de Nantchang sommé de régler l’affaire qu’il a laissée traîner depuis deux ans, perdait la face. Par un sinistre stratagème il fit retomber sa vengeance sur les chrétiens. Le 22 février, sous prétexte de régler l’affaire, il se fit inviter à dîner chez les missionnaires. A la fin du repas, retiré dans une salle, au lieu de rédiger son rapport comme il l’annonçait, il s’ouvrit la gorge. Aussitôt la rumeur s’est répandue que les missionnaires ont assassiné le sous-préfet.

La réaction du peuple ne se fit pas attendre. Le 25 février des bandes d’émeutiers se dirigèrent vers la Mission. On retrouvera le Père Lacruche, supérieur, mort au bord d’un étang. Le Père Rossignol eut le temps de faire évader les Soeurs et de les mettre en sûreté. Le ministre protestant, sa femme et l’aînée de leur deux filles ont été tués chez eux.

Quant aux Frères, ils ont demandé refuge chez une connaissance qui n’a pas voulu les recevoir. Ils ont donc essayé de rejoindre la rivière proche et de fuir sur une barque jusqu’à l’autre rive. Le temps leur a manqué. La foule les a rejoints, s’est ruée sur eux et les a poussés dans l’eau. On les retrouva tous les cinq, noyés, couverts de blessures. Le gouverneur de la ville qui n’a pas pu réprimer les désordres, voulut cependant rendre des honneurs funèbres aux victimes. Il fit chercher les cadavres, les fit revêtir de belles robes chinoises et ordonna des funérailles solennelles.

Les communistes à Sichang en 1951)

Loin d’abattre le courage des Frères, ces neuf martyrs les ont stimulés à développer leur œuvre dans le pays. C’est en pleine expansion que, de nouveau, la persécution les a frappés. En 1948-49 l’influence communiste se répand inexorablement à partir du Nord-Est de la Chine.

Frère Joche-Albert, ( LY, né le 08.02.1910 en Chine) s’étant heurté aux communistes à Chefoo, dans la presqu’île de Schandong, et subi plusieurs mois de ré-éducation, est parti loin vers l’Ouest ouvrir une école à Sichang, en 1949. Il "était dans la force de l’âge, à peine 40 ans. .. Plein d’entrain,… la parole facile, il jouissait d’une très grande influence. Directeur de l’école de Sichang, il avait affaire aux communistes présents dans la ville depuis le 27 mars 1950. Il ne craignait pas la discussion avec ses interlocuteurs marxistes.

Arrêté le 6 janvier 1951, pour avoir contribué au soulèvement contre le nouveau régime, il passa plus de 3 mois en prison, sous d’inhumaines tortures. Le samedi 21 avril (1951), dès 6 heures du matin, il fut tiré de sa prison avec 24 compagnons et conduit hors de la ville. A 9 heures une foule de personnes était rassemblée par les communistes autour des condamnés pour crier des injures et des accusations. Vers 2 heures, le Frère, toujours en prière, se mit à genoux ; un soldat l’acheva par une balle dans la nuque.

Frère Paul Sester

(Publié dans « Présence Mariste » n°229, octobre 2001)